Jean-Christophe Robert
Galerie Michel Rein
25 mai - 15 juin 1996


Qu'est ce qu'une nature morte aujourd'hui? Peut encore peindre une Vierge à l'enfant? Comment représenter un sujet qui a été aussi exploité que la Cène? Au premier abord, les questions que posent Jean-Christophe Robert semble dépassées, voire réactionnaires.

Jean-Christophe Robert a commencé par décliner les objets de la vie quotidienne: Torchon, soupe en sachet, la fiche de l'exposition Van Gogh avec sons cadre de bois blanc de chez Ikea... Ayant intégré les déconstructions de support/surface, il cherchait à réduire l'excercice pictural aux considérations essentielles.

Une peinture est un espace à deux dimensions, Jean-Christophe Robert représente donc uniquement le point de vue frontal, annulant la profondeur. Mais un tableau possède un volume, même si on a tendance à n'exploiter qu'une face de ce volume. L'artiste cousait alors les toiles pour les maintenir tendues, et peignant de petits ronds gris sur le bord du chassis, figurant ainsi la tête des clous. Peu à peu, ses oeuvres se sont étendues dans l'espace , devenant de véritables tableaux-objets.

Une toile enroulée sur elle-même figure un rouleau de PQ. et une ligne de peinture rose signale que, même sur un cylindre, l'artiste s'en tient à la frontalité. Reproduisant les objets en taille réelle, Jean-Christophe Robert propose un questionnement minimal : Que vois-je?

"Dans les années 80, il y a eu cette enthousiasme délirant pour la trans-avant-garde, pour Schnabel... Si les oeuvres ont été utiles historiquement, elles n'apportent plus rien aujourd'hui. Après avoir affirmer la liberté de peintre, il s'agit maintenant de parler du sujet que l'on peint."

De la perception des obets inertes, il est passé à celle, qu'il estime supérieure, des êtres humains. Poursuivant son exploration de l'univers familier, l'artiste fait le portrait de ses amis.

"Boire un verre avec des gens, les écouter parler de leur vie, leur raconter la mienne, voilà la majeure partie de mon travail, dit-il. Un modèle inconnu est sans intérêt pour moi car je ne me projette pas dans ce que je vois, mais j'essaye de le représenter objectivement".

Priviligiant le sens, Jean-Christophe Robert veut échapper à la fasciantion qu'éprouve souvent les peintres pour leur médium. Il refuse de devenir un "drogué à l'essence de térébenthine", comme disait Duchamp. C'est donc avec un language dépourvu de virtuosité, peut-être même avec une certaine lourdeur dans le style que Jean-Christophe Robert affirme sa démarche.

Pourquoi peintre la Cène aujourd'hui? "Les représentations religieuses font partie de notre culture, mais Jésus et les Apôtres ont cessés de nous préoccuper. l'imagerie de la Cène m'offre des solutions pour représenter treize de mes amis à table", explique l'artiste. Une Vierge à l'enfant? "Une de mes copines vient justement d'avoir un bébé."


Clarisse Hahn