Trivialité des sujets


La figure humaine et son environnement quotidien sont les principaux thèmes traités par Jean-Christophe Robert.

L'être humain est généralement représenté à de multiples reprises, dans différents moments de sa vie. Il est présent sous l'image de personnes célèbres ou inconnues du grand public. Les stars sont souvent de renommée internationale, leur image étant issue de photographies reproduites à l'identique dans le monde entier. Les personnes anonymes peuvent être tout le monde, exercer n'importe quelle profession et avoir n'importe quel âge. Dans un cas comme dans l'autre, l'intérêt qui leur est porté est de l'ordre de l'émotion, universel, par le biais de l'identification ou de la proximité.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Diana y croyait

Diana y croyait (détails), 92 x 91 cm

Que fait Diana ? (détails), 255 x 130 cm

Etudes pour le portrait d'Eva Lovato (détails), 60 x 60 cm



L'artiste représente l'environnement au travers d'objets quotidiens. Ces derniers constituent la consommation basique de la maison que l'on est habituée à voir, à toucher plusieurs fois par jour. Ils sont choisis pour leur grande diffusion et leur modestie. Ils concernent toutes les populations et classes sociales ; chaque foyer, qu'il soit richissime ou modeste, utilise du papier toilette ou se sert de torchons. Choisis à l'inverse de la rareté, ils peuvent être remplacés aisément par leur semblable.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Torchon

Torchon à bandes vertes, oranges et roses, 65 x 45 cm

La télécommande, 2,5 x 7 x 16 cm

Le rouleau de P.Q., 45 x 10 x 10 cm



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Papier peint

Tût IKEA, 218 x 53 cm

Le papier peint de l'escalier de ma chambre, 218 x 53 cm

Papier peint Tintin, 218 x 53 cm

Le papier peint â rayures bleues, 114 x 194,5 cm



L'environnement est également représenté par le biais d'images médiatiques (logos ou textes). Les logos sont des images inévitables, souvent imposées, omniprésents sur tous les continents (panneaux publicitaires, vêtements... ). Standards, ils sont immédiatement identifiables et renvoient à un univers, mais passent également inapercus ; on ne s'arrête pas sur leur image. En ce qui concerne les textes utilisés, ils sont très courts. Jean-Christophe Robert emploie souvent des titres chocs de magazines ou décontextualise certaines phrases publicitaires pour les ré-utiliser ensuite, essentiellement dans les dessins et les scènes mythologiques.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Paysages

Vivre, c'est ce faire livrer en 24 h!, 29,7 x 21 cm

Paysage 007, 115,5 x 162 cm

Nana normal, nana super (dyptique), dimensions inconnues

Elle quitte Vincent pour Arnaud, 92 x 65 cm





Se situer dans l'histoire de l'art


Le rapport à l'art est constant dans le travail de Jean-Christophe Robert aussi bien dans le sujet représenté que dans le mode de représentation.

En faisant apparaître la notion de genre en 1994, l'artiste formule un lien à l'histoire de l'art. Pour choisir ses sujets, il transpose le genre, catégorisation d'hier, à la société contemporaine. Il ancre de cette facon ses oeuvres dans le présent tout en se référant à l'histoire. Ainsi, les natures mortes, auparavant produits naturels ou artisanaux, sont devenus des produits industriels, le portrait social ou psychologique est maintenant psychanalytique, la scène mythologique légendaire fait désormais référence à la sur-médiatisation de célébrités et le paysage naturel est remplacé par le paysage urbain symbolisé.

Au-delà du sujet, l'artiste intègre plus ou moins visuellement l'histoire de l'art, souvent par l'apparition d'images dans l'oeuvre, à travers le ré-emploi d'une toile existante. Le rapport est évident pour les portraits et les paysages, qui utilisent des oeuvres historiques " surmédiatisées ". En ce qui concerne les scènes mythologiques, le rapport est plus indirect ; il peut s'effectuer par le choix des textes, en rapport avec les titres des tableaux ou par le choix de thèmes généraux.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Paysages

Paysage 015 (détail), 115,5 x 62 cm

Portrait d'Arnaud de Raignac (détail), 180 x 180 cm

Avec Antonia il trompe Camilia (détail), 73 x 92 cm



Les pièces de Jean-Christophe Robert expriment la volonté de se situer dans une histoire. En effet, il n'est pas anodin de choisir une catégorisation antérieure au XXe siècle (les genres), puisque les références à cette période n'existent pratiquement plus dans l'art contemporain. L'utilisation de la peinture nécessite la connaissance des acquis antérieurs ; cette référenciation montre que le plasticien ne s'oppose pas à cet héritage artistique, qu'il le comprend et qu'il l'assume, sans pour autant se plier à ses règles. Son rapport à l'histoire n'est pas passif ou neutre car il reprend la classification des genres en en modifiant le fond et la forme. Il donne son point de vue exprimé dans un style qui lui est propre.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Van Gogh

Van Gogh Cornfield + cadre IKEA, 80 x 59,5 x 2,5 cm

Portrait d'Eric Laurent, 180 x 180 cm



Les références à l'art du XXe siècle sont introduites dès les natures mortes. L'artiste insère les acquis de cette période en valorisant le châssis (échelle 1 de l'objet représenté), en donnant le double statut à la toile (surface recouverte et matériau brut) et en montrant le médium peinture après qu'ils ont été valorisés par des artistes de ce siècle (par exemple, Beuys révèle l'importance du matériau, Dezeuze celle du châssis et Parmentier celle de la toile). Le rapport à l'art de cette époque est double puisqu'il a également lieu dans le fond avec l'évocation de références plus ou moins évidentes à des mouvements ou à des artistes (certaines pièces apparaissent dans leur relation à des mouvements : par exemple leur proximité avec l'abstraction, d'autres dans leur évocation de plasticiens tels que Daniel Buren, Andy Wahrol, Richard Artschwager ou Donald Judd). Dans les autres genres, les rapports à cette période sont plus discrets, s'effectuant dans la technique ou dans la forme adoptée.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Papier peint, Evian, IKEA

Le papier peint à rayures, 218 x 53 cm

Evian, eau minérale naturelle, 33 x 35,5 x 26,5 cm

Etagère IKEA, 202 x 48 x 28 cm

Table de nuit en sapin IKEA, 63 x 35 x 36 cm





Représentation au service de l'humanisation


Une des grandes caractéristiques du travail de Jean-Christophe Robert est de souligner l'humanité de ses sujets et ceci quels qu'ils soient. En effet, il met en avant l'affectivité liée à ce qui nous entoure.

L'objet de l'oeuvre n'est pas de porter un jugement sur notre environnement, mais d'en offrir un nouveau regard. La réflexion du plasticien s'effectue non seulement par rapport à l'art, mais également à la société d'aujourd'hui. Sa démarche est postérieure à la critique de la société de consommation. Après le constat des choix contemporains, l'artiste permet une nouvelle appropriation sentimentale d'objets " sur-diffusés " et ne possédant aucune individualité, donnant la possibilité de les redécouvrir à travers leur plasticité. Il esthétise ces objets, dont la fonction est à priori l'utilité et non la beauté.

Jean-Christophe Robert introduit de l'humour et de la tendresse par le choix de ses sujets. Les objets qu'il représente sont ceux qui partagent l'intimité quotidienne des foyers, faisant souvent de ce fait l'objet d'un attachement particulier. L'artiste rappelle par exemple à l'adulte ses fantasmes enfantins face à l'image, sur une salière, d'un petit garçon jetant du sel sur la queue d'oiseaux. De même, l'utilisation d' " images d'Epinal " est rassurante. Dans les portraits, le fait de retrouver une image connue, sans besoin d'érudition, qui rappelle un geste quotidien, concourt à accroître cette dimension émotionnelle. Par exemple, le sentiment lié au moment d'utilisation d'une serviette de bains à l'effigie d'une représentation impressionniste peut être réactivé lors de la confrontation avec un paysage.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Disney

Au programme : le plein de douceur, 29,7 x 21 cm

Paysage 015, 115,5 x 162 cm



Le mode de représentation est au service de l'humanisation et ceci de différentes facons.

La mise en valeur du support, que ce soit par la toile laissée brute à certains endroits, les traces de coups de crayon ou les coutures apparentes, laisse apparaître l'action du plasticien. Dans les natures mortes, le fait de peindre uniquement le premier plan met en valeur le côté originel, laissant visible ce qui est généralement masqué. Cette démarche permet de substituer un état naturel à un faconnage artificiel. Dans les expositions, cet aspect ressort par l'accumulation des pièces présentées.

Le détail, qui manque parfois de précision, donne l'impression de non-fini, de rugosité, ajoutant la trace de la marque humaine à la production.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Paysages

L'oreiller, 70 x 70 x 12 cm

Etude pour le portrait de Sylvestre (détail), 60 x 60 cm



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Nounours, lapin, choutte, petit chien, Serre di Rapolano

Le nounours de Serre di Rapolano, 14 x 12 x 5 cm

Canne canne, 32 x 34 x 8 cm

Le lapin, 17 x 7 x 5 cm

Le nounours, 20 x 20 x 6 cm

Le petit chien, 13 x 10 x 2 cm

La chouette, 17 x 7 x 5 cm



La peinture " rapide ", dont on distingue les touches ou les coulures, souligne la trace gestuelle de l'homme. Les contours ne sont pas toujours très nets. Dans les portraits, l'émotion est mise en avant par une peinture introspective. La facon de peindre, de plus en plus intuitive et automatique, fait ressortir l'intimité et l'inconscient du modèle et lui permet de reconna'tre certains traits de son caractère ou de son histoire dans sa représentation, aspects inconnus du peintre.


Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Eric Laurrent

La déformation par l'empreinte de la main ou du temps permet à l'objet industriel de garder un caractère " bricolé ", manuel (l'inverse du moulé industriel). L'objet est modifié, comme modelé par l'action qu'il a subie, soit par le biais de son maniement fréquent, soit par son milieu ambiant. Les tickets de métro sont déformés par le toucher, le " Paic main " par son environnement humide.



Oeuvre de JEAN-CHRISTOPHE ROBERT : Paysages

Le paic main, 23 x 18 x 6 cm

Le ticket de métro, 1,6 x 6,5 x 3 cm





Les choix plastiques de Jean-Christophe Robert vont souvent à l'encontre des tendances artistiques dominantes. Leur originalité est justifiée par la rigueur employée dans le choix de chaque détail. Il résulte de ce travail à long terme une force remarquable, placée au service du sensible. Ainsi l'artiste, après le constat impitoyable des traits et choix de la société, en révèle la fragilité, la faiblesse ou l'émotion.



Texte de FLORENCE MONTAGNON (docteur en muséologie) 2008